Si le fameux « cinéma indépendant américain » s’est peu à peu transformé en industrie à part entière jusqu’à alimenter un nouveau type d’académisme, il existe encore, dans les marges, un cinéma américain que l’on pourrait qualifier de farouchement indépendant. Au sein de cette galaxie de films aussi libres que fauchés, souvent difficilement visibles en France, l’œuvre du collectif Omnes Films occupe une place particulière.
Son fonctionnement est inédit dans l’histoire du cinéma états-unien : les douze membres d’Omnes Films ne sont pas toustes cinéastes, mais ils et elles sont toustes des « filmmakers », des fabricants de films, qui s’épaulent sur les projets des uns et des autres, en occupant différents postes. De cet esprit d’équipe découle la sensation d’une œuvre globale : les films de Tyler Taormina, Carson Lund ou Alexandra Simpson ont beau explorer des obsessions personnelles, ils partagent une même vision du cinéma. À travers une narration qui souvent se délite ou se fragmente, on y explore des espaces désenchantés éloignés des centres-villes, à la rencontre de (nombreux) personnages burlesques ou rêveurs traînant une forme de spleen débarrassée d’un quelconque semblant de cool.
La rencontre de la cinéphilie pointue des membres du groupe (qui citent volontiers Rohmer, Weerasethakul, Tsai Ming-Liang…) et d’un capitalisme américain à bout de souffle crée ainsi une bulle de bizarrerie où l’on se sent étrangement bien. Le collectif, soudé comme les groupes qu’il met en scène, semble avoir trouvé une solution : pour se réfugier de la tempête, de la fermeture du stade ou du passage à l’âge adulte, le mieux est encore de faire des films.
Marin Gérard
Marin Gérard est scénariste, réalisateur et critique de cinéma pour la revue Critikat. Il a réalisé trois courts-métrages dont À l’ombre l’après-midi (2022) et Le Soleil chante à l’horizon (2024).